La laïcité joue un rôle déterminant dans la formation de la citoyenneté. Elle agit sur les valeurs et principes, les moyens pour permettre un exercice effectif, sa dynamique. Elle repose sur les principes de liberté de conscience et de neutralité de l’État, des collectivités publiques et des services publics.
La conception de l’intérêt général est politique dégagée de fatalité, de notions de lois naturelles ou transcendances.
L’affirmation du principe d’égalité conduit à l’interdiction de toute discrimination
en raison de l’origine, de l’ethnie, de la religion … Elle appelle des actions
positives pour que le principe conduise à l’égalité réelle en dépit des
différences de situations.
L’éthique de la responsabilité se décline de multiples façons. Ce sont
les citoyens et les citoyennes qui établissent les règles de la morale sociale.
Le statut du citoyen s’établit sur des bases politiques, économiques et
sociales.
La démocratie locale constitue le cadre privilégié dans lequel
s’expérimente la laïcité en matière de financements, de pratiques des libertés
individuelles et collectives.
La laïcité est annoncée dès l’article premier de la constitution. La
nature des institutions et le comportement des dirigeants conditionnent
l’application du principe.
La citoyenneté se développe aujourd’hui dans une situation de crise
systémique. La perte de repères idéologiques trouble l’action des
défenseurs de la laïcité.
Les droits de l’homme qui sont des libertés, mais ils ne peuvent être un
substitut aux droits des citoyens qui sont des pouvoirs.
La citoyenneté européenne décrétée n’existe pas dans la vie des peuples
de l’Europe. Le XXI° siècle peut voir se développer les prémices d’une citoyenneté
mondiale au sein de laquelle le principe de laïcité est appelé à jouer un rôle
essentiel.
Colloque de la FSU – Maison de la chimie, le 12 juin 2019
Avec la participation de :
* Bernadette GROISON, secrétaire générale de la FSU
* Daniel GUIRAUD, maire des Lilas
vice-président
de la métropole du Grand Paris
* Marylise LEBRANCHU, ancienne Garde des Sceaux, ancienne ministre de la fonction publique
* Anicet LE PORS, ancien ministre de la fonction publique
*
Argumentaire repris au colloque CGT – UFSE – UGICT le 24 juin 2019
* *
L’action publique du gouvernement porte une atteinte
grave à la conception française républicaine de la fonction publique. Elle est
aussi l’occasion d’une discussion au fond du projet de loi de transformation de
la fonction publique actuellement en débat au parlement. La meilleure réplique
est de répondre à la question proposée comme
thème de cette rencontre, de s’interroger sur le rôle que doit être appelée à
jouer la fonction publique dans l’évolution de la société.
Première partie – Une action publique contraire à la conception
française républicaine
Une action
publique marquée par une démarche chaotique couvrant une stratégie claire
L’offensive actuelle s’inscrit dans une longue
filiation : la loi Galland du 13 juillet 1987 tendant à ramener la fonction
publique territoriale vers une fonction publique d’emploi (transformation des
corps en cadres, retour au système des « reçus-collés » dans les
concours), le rapport annuel du Conseil d’État de 2003 proposant de faire du
contrat une « source autonome du droit » de la fonction publique, le
discours en 2007 de Nicolas Sarkozy en faveur du « contrat de droit privé
négocié de gré à gré » pour l’accès aux emplois publics, le Livre blanc de
Jean-Ludovic Silicani allant dans le même sens mais contrarié lors de la crise
financière de 2008, le secteur public apparaissant alors comme un efficace
« amortisseur social ». À quoi il convient d’ajouter les multiples
dénaturations du statut général des fonctionnaires (225 modifications législatives enregistrées dans les 30 années suivant son
adoption). La démarche actuelle du
pouvoir installant un système complexe dit CAP 22 s’est révélée être un leurre
car l’exécutif savait parfaitement dès l’origine ce qu’il entendait faire,
notamment le développement du recrutement par la voie du contrat et l’extension
de l’idéologie du nouveau management public (NMP). Leurre, l’opération CAP 22 a
rapidement tourné au fiasco mais sans conséquence pour une stratégie
parfaitement claire articulant : réforme du code du travail, suppression
du statut des cheminots, remise cause du statut général des fonctionnaires. Le
but est de faire du contrat individuel de droit privé la référence sociale
majeure valable pour tous.
L’alignement
du public sur le privé marqué par une insécurité juridique et la bureaucratie
Si le statut n’est pas immédiatement abrogé, il sera
mis en extinction par le recrutement massif de contractuels à tous niveaux, y
compris celui des directeurs d’administration. Ce mouvement se combine avec la
démarche de hauts fonctionnaires opérant un « rétro-pantouflage »
privé-public. Pour donner plus d’autorité au pouvoir managérial, les
prérogatives des organismes consultatifs traditionnels sont réduites. Les
commissions administratives paritaires (CAP) n’interviendront que dans des cas
limités sur la mobilité, les affectations, l’avancement, les promotions. Les
comités techniques (CT, autrefois paritaires, les CTP) et les comités hygiène,
sécurité et conditions de travail (CHSCT) sont fondus en comités sociaux
(CS) inscrivant leur action dans des
lignes directrices de gestion (LDG). Des plans de départ collectifs pourront
survenir dans les cas d’abandons de missions, de leur transfert au privé, ou de
dématérialisation numérique. La rémunération au mérite est également prévue et
trouvera une expression réglementaire. Pour donner l’impression d’une
contrepartie, il est beaucoup question dans ce projet de déontologie dont la
nature est de ne pas être normative, et de dialogue social d’autant plus évoqué
avec insistance qu’il est défaillant. On relèvera aussi l’aspect bureaucratique
du texte prévoyant quelque 70 décrets en Conseil d’État, de très nombreuses
dérogations et précisions requises.
Une réforme
néfaste dans un contexte d’affaiblissement de l’exécutif qui ménage des atouts
pour le mouvement social
Cette réforme entraine une confusion dans les finalités de l’action publique, entre celles de l’intérêt général et celles des intérêts privés. De là un risque accru de conflits d’intérêts. Et il résulte de tout ce qui précède une véritable captation de l’action publique par l’oligarchie financière. Néanmoins, cette stratégie se développe dans un contexte d’affaiblissement du pouvoir politique aux causes et caractéristiques multiples : confiance à bas niveau de l’opinion publique, mouvement inédit des gilets jaunes, front uni des syndicats, réserves dés associations d’élus, objectifs de baisse de la dépense publique compromis, difficultés des réformes institutionnelles. Il pourrait y avoir là un terrain favorable pour mettre en échec le pouvoir ; pourtant la mobilisation reste difficile pour des raisons qu’il convient d’étudier. Dans de telles conditions, il ne faut évidemment pas renoncer à faire modifier ce texte par la voie d’amendements, mais il faut en tout état de cause élever le niveau du débat politique par le rappel de l’histoire au cours de laquelle s’est forgée la conception française de la fonction publique, la nécessité de fonder l’action publique sur la rationalité scientifique, le respect scrupuleux de l’éthique républicaine de l’intérêt générale et de la responsabilité des fonctionnaires.
*
Deuxième partie – Un rôle progressiste pour la fonction publique
Quelles mesures prioritaires pour conforter le rôle de
l’action publique ? Les propositions dépendent beaucoup du contexte
politique envisagé. Sur une base assainie, la fonction publique doit envisager
son pôle en termes de structures et de long terme.
Apurer les
contentieux, assainir la situation statutaire, éventuellement codifier
S’impose tout d’abord la satisfaction des
revendications syndicales pour améliorer les conditions de vie et de travail
des fonctionnaires et, par là, de tous les citoyens ; c’est la
responsabilité des organisations syndicales. Ensuite, il convient de revenir
sur les centaines de modifications statutaires intervenues depuis trente-six
ans dont la plupart sont des dénaturations ; il convient donc d’en faire
un inventaire et d’y remédier pour assainir la base de travail. Enfin, il
serait souhaitable de faire sur cette base une codification à droit constant de
dispositions qui se présentent souvent aujourd’hui dans une grande confusion. Le
statut pourrait alors être complété par des dispositions correspondant à l’évolution
des besoins des usagers et des techniques, au renforcement de la responsabilité
des fonctionnaires.
Engagement de chantiers structurels prioritaires de modernisation
Trente-six ans après l’adoption du statut devrait être
engagée une réforme d’ensemble du classement indiciaire des statuts
particuliers, corps et grades pour tenir compte des évolutions des
dernières décennies. Dans ces conditions
plus transparentes la mobilité pourrait devenir effectivement une garantie
fondamentale. Les multi-carrières devraient être développées avec un système de
formation continue correspondant. Le recours aux contractuels serait
circonscrit. Parmi les autres chantiers structurels prioritaires on peut
citer : l’action pour l’égalité femmes hommes comportant la lutte contre
la précarité des emplois dans la catégorie C notamment et l’égal accès des
femmes et des hommes aux emplois supérieurs des fonctions publiques, le
développement d’une politique de numérisation et de dématérialisation à visage
humain, la multiplication des relations internationales. En raison de son
caractère symbolique la réforme de l’École nationale d’administration serait
nécessaire en centrant son recrutement sur l’Université, mettant en place une
formation commune de départ prolongée par des écoles d’applications dans les
trois versants, l’égalisation des régimes indiciaires et indemnitaires des
corps de débouché, l’élargissement des tours extérieurs et en rendant onéreux
et irréversibles les départs dans le privé.
Inscrire le
rôle de la fonction publique dans le changement de civilisation
L’État et les autres collectivités publiques doivent être dotés des moyens d’expertise correspondant au niveau de développement de notre temps, et la fonction publique disposer notamment d’une gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences Cette gestion ne doit pas être dictée par le principe de l’annualité et le ministère de la fonction publique retrouver son identité et sortir de Bercy. La fonction publique est également appelée à apporter une contribution aux tendances lourdes pluriséculaires d’évolution de l’administration : sécularisation du pouvoir politique et autonomisation de l’appareil d’État, socialisation des financements des besoins sociaux, affirmation des concepts du service public. La notion d’efficacité sociale doit faire l’objet d’un approfondissement théorique. s’inscrivant dans un processus de changement de civilisation, deux questions qui n’ont pas un rapport direct avec la fonction publique doivent être néanmoins traitées : d’une part, la question de la propriété publique, base matérielle nécessaire du service public, d’autre part, le renforcement de la base législative du code du travail permettant d’instaurer une véritable sécurité sociale professionnelle pour les salariés du secteur privé favorisant la convergence des actions et des situations statutaires des salariés des secteurs public et privé.. Enfin, dans la « métamorphose » (Edgard Morin) civilisationnelle qui caractérise notre époque la fonction publique est appelée à participer à un XXIe siècle « âge d’or » du service public.